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Ksar Ain Sefra

Ain Séfra,au sud-ouest de l'Algérie, est a l'extrémité des montagnes de l'atlas, elle est la porte du sahara.Elle est addossé au massif du Djébel Mekter, en avant duquel s'étend une ligne de dunes longues de 15 à 20km. De l'autre coté de l'oued, la magnifique couleur d'or rouge des dunes met dans le paysage une note éclatante et imprévue.Située à 32° 45’ latitude nord et à 36° 2’ 24 » de longitude ouest de Greenwich, à 400 km d’Oran par la piste ( RN 6), par voie ferrée à 493 km, à vol d’oiseau à environ 300 km. Aïn-Séfra, grosse bourgade plantée aux confins des hauts-plateaux, aux portes du Sahara à la bordure Nord de l’Atlas saharien.Le village ,entre hauts plateaux et la fournaise du Sud, est bâti au confluent des oueds Bridj et Mouillah au centre des Monts des Ksours et culmine à 1070 mètres entre le Djebel Mekter (2062 m.) au sud, le Djebel Aïssa (2236 m.) au nord-est, les Djebels Morghad (2135 m) et Hairech (1686 m) au nord-ouest et le Djebel Smir (1800m) au sud-ouest.

HISTOIRE D’AIN-SEFRA

Ain-Sefra et son Ksar

de l’antiquité à l’invasion Française

Maquette de ksar Ain Séfra réalisée par Mr. Mohamed Djardini

Maquette de ksar Ain Séfra réalisée par Mr. Mohamed Djardini

Aïn-Séfra et son ksar,

de l’antiquité à l’invasion française

Par Mr .Khelifa BENAMARA

La présence humaine à Aïn-Séfra et ses environs est très ancienne. Elle remonte, au moins, à la période néolithique où l’on utilisait les outils en pierre. Les preuves de cette présence nous sont fournies, en particulier, par les gravures rupestres, très nombreuses dans la région –- les gravures les plus proches représentant des éléphants se trouvent à Mehisserat, à 7 km d’Aïn-Séfra --. Ces gravures représentent en général les animaux de l’époque et quelques personnages ; pour ce qui est de la signification de ces gravures, l’on pense que, suivant les cas, ces dessins gravés dans la roche devaient jouer un rôle magique, artistique ou religieux –- on rappellera qu’à cette époque, il y avait des tendances à la zoolâtrie, comme, par exemple, le culte du bélier --. En ce qui concerne la datation, un grand problème se pose car l’on n’a pas trouvé, à proximité de ces gravures, de restes humains. Nous n’entrerons pas dans les détails mais, selon la répartition des différents étages de gravures, les différentes techniques et les différentes théories des chercheurs tels Hamy (1882), Dr Bonnet (1888), Flamand (1892), suivis, au 20e siècle, par Breuil, Roubet, Vaufrey, Pallary et Lhote, l’on peut situer la réalisation de ces gravures entre 10 000 et 2 500 ans av. JC. Nous pouvons dire, avec Lhote, que l’âge moyen des gravures rupestres de la région est de 5 000 ans av. JC.

Les gravures rupestres sont des témoignages inestimables légués par les peuples anciens; elles attestent de leur genre de vie, de leurs coutumes et de la faune qui les entourait. La plus grande partie de ces œuvres ont  été réalisées, notons-le, avant  les  ouvrages de la civilisation sumérienne et des plus anciennes pyramides égyptiennes. H. Lhote n’oublie pas de noter que l’art rupestre du sud-ouest « ne doit rien à l’Egypte prédysnatique  » et que « les gravures du sud-oranais sont certainement parmi les plus anciennes manifestations artistiques et cultuelles de l’Afrique. » En matière de préhistoire, l'Atlas Saharien, qui compte plus de 150 stations, est l'un des plus grands musées à ciel ouvert du monde. Concernant l'origine et l'expansion de l'art rupestre, H. Lhote avance que les données actuelles «  incitent à penser que le grand art naturaliste, qui s'affirme être le plus ancien, à dû prendre naissance dans le sud-oranais d'où il se serait diffusé dans le sud algérois et, dans une phase ultérieure, vers le sud marocain. » Le même auteur considère que le sud-oranais était « le centre principal de l’art pariétal des régions sahariennes », et rappelle que F. E. Roubet avait conclu que le sud-oranais et le djebel Amour devaient certainement avoir été le berceau de l'art pariétal de l'Afrique du Nord.

En plus des gravures, la présence humaine est attestée par les différents outils dont une quantité abondante a été retrouvée dans les nombreuses stations-ateliers de l’oued d’Aïn-Séfra et de la région environnante.

« Une population nombreuse, dit S. Gsell, a donc vécu dans le désert actuel pendant une période aux limites incertaines, mais très longue, qui descend  peut-être  jusqu'à l'époque historique et remonte sans doute beaucoup plus haut. » Le Dr Lènez, chercheur en préhistoire, auteur d'une notice sur les  stations  parue en 1904, écrit à propos de  la région d'Aïn-Séfra : «  Si elle nous apparaît  aujourd'hui désolée, aride… il n'en fut pas de même aux époques reculées. Des eaux coulaient alors dans les lits desséchés, une végétation luxuriante croissait dans ces plaines arides; des peuplades nombreuses habitaient là où tourbillonne aujourd'hui le sable ». Dans la nomenclature de 236 stations qui a fourni des échantillons à la collection présentée par les chercheurs G. B. Flamand et E. Laquière lors du congrès des Sociétés Savantes à Alger en 1905, on en dénombre la moitié pour le seul sud-ouest. Entre autres, en plus des nombreux ateliers situés à proximité de la plupart des stations de gravures citées précédemment, on peut ajouter, pour la région d’Aïn-Séfra : Fortassa, Oulaqaq, Tachatouft, El Brij, Mékalis, Aïn-Aïssa…

Dans ces endroits, on a retrouvé les nombreux restes de l'industrie des artistes primitifs : silex taillés, grattoirs, couteaux, aiguilles, pointes de flèches, etc… Il convient également de signaler que dans toute la zone des hauts plateaux, Les gisements trouvés en surface sont considérables. La notice du Dr Lénez, qui a résidé à Aïn-Sefra entre 1896 et 1898 donne d’admirables échantillons des vestiges préhistoriques trouvés le long des oueds ainsi que sur ou près des dunes de cette ville.

Outre les gravures rupestres et les vestiges d’outillage qui constituent les plus anciens signes de la présence humaine dans cette région, l’on trouve une quinzaine de stations de peintures rupestres, représentant surtout des bovidés, plusieurs stations de gravures de chars qui indiquent qu’à cette époque, cette région était une zone de passage et de forte circulation entre le sud et le nord et entre l’est et l’ouest, ainsi que des stations où se trouvent des inscriptions de l’alphabet dit libyque, ou libyco-berbère ou tifinagh.

Les plus anciennes sépultures semblent être la vingtaine de monuments à enceinte circulaire, situées à quelques kilomètres d’Aïn-Séfra, notamment à la source à Argoub El Moghar, au pied du djebel Mekhter et à Aïn Ben Serrara dont le capitaine Dessigny explora une partie entre 1902 et 1907. Quelques ossements y furent découverts dans certains de ces édifices. Cependant les premiers renseignements assez sûrs sur le peuplement de la région d’Aïn-Sefra commencent véritablement avec les tumulus.

Les tumulus sont les tombeaux des gens qui vivaient dans ces régions à cette époque reculée. La tradition populaire les nomme krakir, rjam ou qbour El jouhala. Des études sur les tumulus de la région d’Aïn-Séfra ont été publiées par Petit en 1905 et par Dessigny en 1908. Dessigny les classe en trois genres selon le type de construction. Le premier genre se trouve dans un rayon de 35 kilomètres d’Aïn-Séfra, notamment à Theniet El Ghazala, Chegguet El Mouillah, Garêt Ed Dbaâ et Oued Séfra ; le second genre notamment au djebel Mekhter, Founassa, Mehisserat ; le troisième, à Aïn Bendouma, Argoub El Moghrar, Garet Ed Dbaâ.

La présence de ces nécropoles de tumulus, qui se comptent par dizaines selon l’inventaire effectué par Dessigny entre 1904 et 1907, montre bien  qu’une population nombreuse a existé dans la région d’Aïn-Séfra à l’aube de l’histoire.

Dans ces tumulus, on a trouvé des squelettes mais aussi du mobilier funéraire et c’est ce mobilier qui accompagnait les morts qui a permis de dater ces tumulus : c’étaient surtout des bagues et des bracelets en fer, en argent ou en cuivre. En 1914, avant la première guerre mondiale, une mission de chercheurs allemands sous la conduite du professeur Frobenius est venue explorer les tumulus des Monts des Ksour. Gauthier qui a commenté les résultats de la mission Frobenius publiés en 1916 écrit : « ces innombrables tombeaux ont bien l’air d’être historiques, tout au plus protohistoriques ; nous n’en connaissons pas encore un seul dont il faille admettre nécessairement qu’il soit beaucoup plus vieux que Micipsa » -- Ce Micipsa est le fils du roi numide Massinissa et l’oncle de Jughurtha. Il a régné 30 ans, de 148 à 118 av. JC --.

Aussi sommes-nous autorisés à dire qu’au 2ème siècle av. JC, la région d’Aïn-Séfra était déjà habitée par un nombreuse population. Ces gens étaient des semi-sédentaires qui habitaient des huttes et des branchages et élevaient du bétail, notamment caprin et bovin. Il n’existe pas de documents carthaginois écrits mais selon les auteurs romains du premier siècle, entre autres Salluste et Pline, les gens de cette région du sud se nommaient Gétules, alors que les gens du nord se nommaient Numides.

Durant les guerres que se livrèrent les Carthaginois et les Romains, nous noterons que les Gétules du sud ont fourni des contingents de combattants rétribués à Hamilcar le carthaginois, en 238 av. JC lorsqu’il est passé par route pour aller de Tunisie en Espagne,  et ensuite, jusqu’en 207 av. JC, à son fils Hannibal qui est allé jusqu’en Italie. Il est à remarquer que de 146 av. JC, date de la destruction de Carthage, à 40 ap. JC, les rois numides qui régnaient sur le nord, n’exerçaient aucune autorité sur le sud, le pays des Gétules.

En l’an 40, le roi numide Ptolémée fut tué et les Romains envahirent l’Afrique du Nord dont la population s’était soulevée. Après de nombreux combats dans le nord, les Romains poursuivirent les Gétules du Sud qui étaient allés aider les Numides. Pour la première et dernière fois, en fin 40/début 41, les Romains, sous la conduite de général Suetonius Paulinus, vinrent dans la région, passèrent à l’ouest des Monts des Ksour, et parvinrent jusqu’à l’oued Guir. C’est ainsi que, grâce aux sources romaines, nous apprenons que le nom du grand fleuve existait déjà au premier siècle : « et ultra ad fluvium qui ger vocaretur ». D’après Pline, qui a écrit en l’an 72, les Gétules de cette région du sud-ouest se nommaient Vesunes et formaient une branche de la confédération des Autololes. Grâce à Ptolémée le géographe, qui a écrit au 2ème siècle, nous apprenons que la chaîne de montagnes, nommée aujourd’hui Monts des Ksour, se nommait alors Mons Malethubalus.

A partir de Ptolémée, on constate un manque de sources. Les Gétules n’utilisaient qu’une langue non écrite. Les Romains, se désintéressaient complètement du sud du pays. Ils l’avaient isolé à l’aide d’un mur nommé limes qui passait au sud de Sebdou et près de Saïda : tout le pays qui était au sud du limes était  nommé pays des Barbares. Quant aux Vandales et aux Byzantins qui occupèrent l’Afrique du Nord entre le 5ème et le 7ème siècle, ils ne sont jamais venus dans cette région qui était alors totalement indépendante –- ceux qui sont intéressés par cette période pourront consulter l’Aperçu Historique du haut sud-ouest (T1), des origines à l’arrivée de l’Islam --.

C’est après la conquête musulmane, à la fin du 7ème siècle (1er H.) qu’on commence à avoir d’autres renseignements, grâce notamment aux auteurs arabes tels Ibn    Abd El Hakem (9ème), El Bekri (11ème), Ibn El Athir (12ème),  Ibn Îdhari (13ème), et les deux frères Ibn Khaldoun (14ème).

La région du sud-ouest fut islamisée au début du 8ème siècle. Selon En Noweïri et A. Ibn Khaldoun, l’islamisation de la population s’effectua entre 708 et 720 (89 à 101 H.), à l’époque du gouverneur Moussa Ibn Nosseïr, secondé par le général maghrébin Tarik Ibn Ziad, qui agissaient pour le compte du calife ommayade El Oualid Ibn Abdelmalek. Les Musulmans n’envoyèrent pas de troupes dans la région du sud-ouest ; ils se contentèrent de charger des émissaires de demander leur allégeance aux chefs de tribus et des ksour du sud qui se soumirent : ils s’engagèrent à abandonner le paganisme et à adopter la nouvelle religion qui allait leur être enseignée par l’intermédiaire de tolba, venus de la région de Tlemcen, et pour lesquels ils devaient édifier des salles de prières. Ils s’engagèrent également à verser la zakat et à fournir des contingents de combattants pour la conquête de l’Espagne. Il est important de souligner qu’au moment de l’islamisation, il n’y eut pas d’immigration d’Arabes dans la région du sud. La population continua à former le même ensemble berbère homogène  qui n’entendait et n’utilisait la langue arabe qu’au moment des prières et, partiellement, au moment des leçons religieuses données par les tolba. A l’époque de l’islamisation, les Berbères du sud-ouest, sédentaires des ksour aussi bien que nomades de la campagne, étaient des Zenata de la branche des Ouacin. Et certains auteurs n’ont pas manqué de reconnaître dans ce mot de Ouacin, l’ancien nom de Vesunes, utilisé du temps des Gétules. D’où il ressort que, selon toute vraisemblance, et puisqu’il n’y eut pas de grands mouvements migratoires qui ont touché le sud-ouest durant les siècles précédant l’islamisation, les Zénètes Ouacin sont les descendants des Gétules Vesunes.

A la même époque, en Orient, s’étaient développés plusieurs schismes religieux dont certains éléments venaient au Maghreb tant pour s’éloigner du pouvoir ommayade que pour prêcher leurs idées. En 740 (122H.), sous la conduite de Meïcera, les Berbères du Maghreb Occidental se soulevèrent et adhérèrent au rite kharedjite –- nous rappellerons que le rite kharedjite est apparu à la bataille de Siffin, en 657, lorsqu’un groupe de combattants de l’armée du calife Ali Ben Abi Taleb    (ر) refusèrent la négociation avec le général rebelle Mouâouïa et firent sécession --. Trois grands royaumes surgirent, l’un à Sidjilmassa, au sud du Maroc, dans le Tafilalet, le second, à Tlemcen avec les Zénètes d’Abou Qorra et le troisième à Tiaret, avec Ibn Rostom. C’est ainsi que tout le sud-ouest, situé au cœur du triangle kharedjite embrassa ce rite. Cependant, il est important de noter que si les habitants du sud-ouest devinrent kharedjites, ils restèrent politiquement indépendants de ces trois dynasties.

Au 10ème siècle, apparut la dynastie des Fatimides, partisans de Obeïd Allah qui se disait l’imam El Mehdi –- alors que les Kharedjites s’étaient opposés au pouvoir du calife Ali (ر), les Fatimides, eux, affirmaient qu’au contraire, tout pouvoir musulman devait être exercé par un descendant de Ali (ر) --. Durant l’été 909 (297 H.), les Fatimides s’emparèrent des royaumes kharedjites de Tiaret et Sidjilmassa, au sud du Maroc. Pour aller de Tiaret à Sidjilmassa et revenir, les Fatimides passèrent par le sud-ouest, le chemin le plus court. Nous avons le récit d’Ibn Îdhari qui nous montre les Fatimides, sur leur chemin du retour, arriver à Rba, dans le ksar même ou est enterré Sidi Boutkhil, le saint-patron de la ville d’Aïn-Séfra –- fa lamma balaghou madinat rba, etc… --. Cependant, les Fatimides ne firent que passer deux fois par le sud-ouest ; ils ne laissèrent aucune trace et, après eux, le kharedjisme continua à être pratiqué.

Au milieu du 11ème siècle, apparut la dynastie des Almoravides, qui s’illustra avec Youssef Ibn Tachfin. Venus du grand sud occidental, les Almoravides s’emparèrent du Maroc, puis d’une partie de l’Algérie. Mais la région du sud-ouest échappa à leur emprise et continua à vivre en totale indépendance avec un pouvoir exercé par les djemaâ.

Au milieu du 12ème siècle fut fondé le mouvement religieux almohade par Ibn Toumert. Peu à peu, sous la conduite de son adjoint Abdelmoumen, un berbère de Nédroma, les Almohades s’emparèrent de tout le Maghreb. C’est à cette époque que le sud-ouest fut englobé dans le vaste empire almohade. L’avènement de la dynastie almohade est un événement de grande importance : pour la première fois de leur histoire, les Berbères gouvernaient pour leur propre compte tout le Maghreb ; pour la première fois, le sud-ouest algérien, qui était indépendant depuis l’époque des Gétules, fut soumis à la même autorité centrale que le nord ; pour la première fois, le même rite sunnite, imposé par les Almohades, fut pratiqué par la majorité des Maghrébins, et c’est précisément à l’époque almohade que, mis à part quelques îlots kharedjites irréductibles, la majorité de la population du sud-ouest, composée, rappelons-le, de Berbères Zénètes Ouacin, adopta le rite sunnite qui est pratiqué jusqu’à nos jours.

Occupés à soumettre le Maghreb et L’Espagne, les Almohades ne purent exercer directement leur autorité sur le sud-ouest. Ils déléguèrent leur pouvoir à l’une des tribus berbères qu’ils employaient pour leurs opérations guerrières, celle des Abdelwad. La tribu des Abdelwad est, elle aussi, une tribu des Zénètes Ouacin –- ils ont donc, la même origine que les habitants du sud-ouest --, refoulée de l’est par les premières vagues des Arabes Beni-Hilal. En se mettant au service des Almohades, elle acquit une grande influence. C’est ainsi qu’elle obtint un droit d’iqtaâ sur la région des Monts des Ksour. C’est à dire que les Abdelwad gouvernaient le sud-ouest pour le compte des Almohades : ils faisaient des tournées pour contrôler la sécurité et pour prélever les différents impôts musulmans, qui étaient, dans la plupart des cas, en nature (bétail, beurre, grains, tapis,…) et notamment le fameux kharadj, spécial aux tribus soumises. Après leur collecte, ils déterminaient la quote-part revenant au trésor public qu’ils reversaient au gouverneur almohade de Tlemcen.

Un siècle ne s’était pas écoulé que commencèrent à apparaître les problèmes pour l’empire almohade qui était trop étendu. Au 13ème siècle, Yaghmorassen, un zénète de la tribu des Abdelwad, qui était gouverneur de Tlemcen, renia l’autorité almohade et fonda la dynastie des Zianides/Abdelwad.  C’est ainsi que tout le sud-ouest, qui faisait partie de l’iqtaâ des Zénètes Abdelwad devint une partie du royaume zianide.

A la même époque, la tribu zénète des Beni Merine avait vaincu les troupes almohades et avait fondé la dynastie des Mérinides au Maroc. Les problèmes entre Zianides et Mérinides se multipliant, Yaghmorassen prit une décision importante : il fit venir de la région de Biskra la tribu des Beni Amer, qui est une branche des Arabes Zoghba Beni Hilal. Ces Beni Amer avaient pour charge de fournir des contingents à l’armée de Yaghmorassen pour sa guerre contre les Mérinides et pour la défense du royaume zianide qui s’étendait jusqu’au Tafilalet, au sud du Maroc. En contrepartie, le roi avait concédé en iqtaâ aux Beni Amer le sud-ouest algérien sur lequel ils vinrent s’installer en grand nombre. Les Arabes Beni Amer devinrent donc les maîtres de cette région qu’ils occupaient en tant que représentants de l’autorité zianide ; ils jouèrent pour les rois Abdelwad/Zianides le rôle que ces derniers avaient joué pour les Almohades, un siècle auparavant. Et c’est ainsi que, dès la fin du 13e siècle, les Beni Amer devinrent propriétaires d’une grande partie des sources, puits et terrains du sud-ouest, entre autres, les terres d’Aïn-Séfra et ses environs. –- le nom d’Aïn- Séfra en tamazight, comme Tît à Tiout ou Taqelqoult à Sfissifa ou Azimen à Asla, s’est perdu. Ce sont les Beni Amer, en leur qualité de premiers Arabes constituant un noyau important installé en cet endroit, qui ont donné à la source sortant de la dune le nom de Aïn-Séfra --.

Dès lors commença l’arabisation du sud-ouest, événement trop important et aux conséquences trop grandes pour être développé dans le cadre de ce modeste travail. Que l’on sache seulement que, progressivement, les Arabes Beni Amer repoussèrent les Zénètes nomades de la campagne vers les ksour et l’on vint finalement à la situation actuelle : les Arabes occupant la campagne et les Berbères occupant les ksour.

A partir du 15ème siècle, en réaction au péril hispano-portugais qui menaçait les côtes africaines, les ordres mystiques implantés au Maghreb prirent leur essor et, de mouvement élitiste, se transformèrent en un vaste mouvement populaire, sous le terme générique de mouvement maraboutique -– du mot ribat --. En plus des valeurs religieuses dont ils se réclamaient, les agents maraboutiques ou mrabtine prêchaient la guerre sainte contre l’envahisseur et se voulaient, le cas échéant, un pouvoir de substitution capable de pallier les insuffisances des gouvernants. Deux grands ordres mystiques dominaient alors le nouveau champ religieux : Les Qadrya et les Chadelya. L’ordre des Qadrya tire son nom de celui de Sidi Abdelkader El Djilani, un chérif qui a vécu entre le 11ème et le 12ème siècle en Irak ; Sidi Abdelkader est le saint le plus populaire  dans le monde musulman et auquel on a bâti le plus de koubbas commémoratives. En plus de l’enseignement de qualité qu’il dispensait dans sa zaouïa, Sidi Abdelkader qui était d’une grande humilité resta toujours pauvre, reversant en aumônes aux plus démunis les offrandes que les visiteurs lui apportaient. L’ordre des Chadelya tire son nom de celui d’Abou El Hassan Ech Chadely, un maghrébin qui a vécu au 13ème siècle. C’était un grand soufi très cultivé qui a vécu surtout en Tunisie et en Egypte. Il prêchait en permanence les vertus de la retraite et de la prière.

Au début du 16ème siècle, le cheikh Sidi Ahmed Benyoussef qui représentait l’ordre des Chadelya, vint dans le sud-ouest et contacta Sidi Slimane Ben Bousmaha, de la tribu des Boubekria, descendants d’Abou Bekr Es Seddiq (ر) qui vivaient entre Rba et Chellala, l’initia et le confirma en tant que moqaddem des Chadelya.

Quelques années plus tard, vers 1515, un taleb, de la région de Zemmora (entre Tiaret et Relizane), est venu s’installer à Rba pour y  créer une zaouïa Qadrya. Le ksar de Rba, devenu plus tard Arbaouat, se situe  au sud d’El Bayadh, à 20 km d’El Abiodh Sidi Cheikh. C’est un ksar très ancien qui avait une grande importance au temps des Kharedjites, au 7ème et 8ème siècles. Nous avons vu les Fatimides y passer au 10ème siècle. C’est également à Rba que l’ancêtre des Boubekria, Sidi Maâmar Abou El Âlia, est venu s’installer au 14ème siècle pour convertir les Berbères du kharedjisme au sunnisme.

Ce taleb venu de la région de Zemmora était un chérif, descendant du Prophète (ص) par Sidi Abdelkader El Djilani. D’après les sources locales et différentes versions du Kitab En Nassab d’El Âchmaoui, il apparaît, au stade actuel de nos recherches, que la généalogie la plus plausible soit celle-ci: Mohammed ben Houcine ben Chaïb ben Ali ben  Abdelkader ben Mohammed ben Ahmed ben Loqman ben Abderrezzaq ben Sidi Abdelkader El Djilani, ceci en ce qui concerne la première partie de la généalogie. Pour la seconde partie, compte tenu des multiples altérations des sources locales et des versions du Kitab En Nassab, nous préférons nous référer à un document de la zaouïa Qadrya centrale de Baghdad : Sidi Abdelkader El Djilani ben Abou Salah Moussa Djanqi Doust ben Abdallah ben Yahia Ez Zahed ben Mohammed ben Daoud ben Moussa ben Abdallah ben Moussa El Djaoun ben Abdallah El Kamel ben Hassan El Mouthenna ben Hassan Es Sabt ben Fatima bent Mohammed (ص). Nous ne pouvons entrer dans les détails ; cependant, l’étude en cours sur les Chorfa du sud-ouest, tentera, dans la mesure du possible, de situer les erreurs de noms ou anomalies éventuelles, telles les interversions, adjonctions ou omissions de maillons généalogiques.

On ne sait dans quel cadre est venu Mohammed ben Houcine ben Chaïb dans le sud –ouest. Au 16ème siècle, le mouvement maraboutique était très actif et les deux principales confréries déployaient de grands efforts pour s’implanter partout où cela était possible. «  Il s’est créé ainsi, note Hamza Boubakeur, qui est un natif de la région, un esprit de rivalité entre les représentants des différentes ramifications de la Qadiriyya et de la Shâzuliyya ». Il est permis de croire que Mohammed ben Houcine ben Chaïb fut envoyé par l’important centre des Qadrya de Tiaret/Zemmoura pour créer un établissement dans le sud-ouest où commençait à s’étendre l’influence des Chadelya grâce à l’action de Sidi Slimane ben Bousmaha et de Sidi El Hadj Benamer qui furent des élèves de Sidi Ahmed Benyoussef. Il est également permis de croire que ce furent les habitants de Rba qui prirent des contacts pour inviter Mohammed ben Houcine ben Chaïb à venir s’installer chez eux pour y ouvrir une zaouïa Qadrya. Les habitants de Rba étaient pour la plupart des Berbères. Deux siècles auparavant, Sidi Maamar Abou l’Alia était parvenu à persuader une partie d’entre eux d’abandonner le rite kharedjite pour le rite sunnite. Ses successeurs, Aïssa, Belahya et Boulila, vécurent et furent enterrés à Rba. Mais il semble que les habitants de ce ksar aient toujours gardé une certaine distance par rapport aux Boubekria. Au 16ème siècle, ils eurent même quelques démêlés avec Sidi Slimane qui préféra s’installer à Chellala Dahrania et à Beni Ounif. Les Boubekria étaient également en conflit avec les Beni Amer qui exerçaient leur droit d’iqtaâ sur le sud-ouest au nom du roi de Tlemcen qu’ils représentaient.

C’est dans ce contexte que le jeune taleb vint dans le sud. Les enseignants en sciences religieuses qui détenaient le monopole du savoir au sein d’une masse en majorité inculte étaient des gens très respectés. Mohammed ben Houcine ben Chaïb, chérif et descendant de Sidi Abdelkader El Djilani, représentant l’ordre des Qadrya, diplômé, selon les traditions orales, des écoles de Tiaret/Zemmoura et de la zaouïa de Sidi El Houari d’Oran, vint donc dans le sud aux environs de 1515 –- à cause de l’indigence des sources, c’est, principalement, par recoupements avec les datations relatives aux Boubekria que l’on parvient à situer dans le temps Mohammed ben Houcine ben Chaïb qui, à quelques années près, serait né vers 1480 et mort vers 1565 --.

Dans une communauté parlant l’arabe, l’étranger qui possède une notoriété (par naissance ou illustration de ses aïeux) ou qui se distingue en quelque matière (connaissances religieuses, thaumaturgie, fait d’armes…) et veut s’intégrer est souvent qualifié de Ed Dakhil ou, par contraction de Ed Dkhil, le nouveau venu, l’entrant dans la tribu ou le ksar, la région. Les exemples ne manquent pas en histoire : Abderrahmane ben Mouâouïa fuyant les Abbassides et venant en Espagne pour y fonder une dynastie en 755 (137 H.) se nomme Ed Dakhil, l’ancêtre des souverains marocains alaouites se nomme Hassan ben Kacem Ed Dakhil, plus près de nous, dans les textes de Figuig, on relève des Ed Dakhil. Mohammed ben Houcine ben Chaïb Dakhil Rba ramena avec lui sa famille. Aucune tradition orale ne parle de mariage ou d’un lien matrimonial de Mohammed Ed Dakhil avec les gens de Rba, même parmi les descendants de ses disciples. D’autre part, et compte tenu des contraintes chronologiques, il apparaît clairement que certains de ses fils et sa fille étaient déjà nés avant sa venue dans le sud. Selon les traditions orales de Rba, Khadra, la mère d’Ed Dakhil, vivait également avec lui et on retrouve sa tombe à proximité de la koubba de son fils à Rba.

Malgré les problèmes entre Beni Amer, habitants de Rba et Boubekria avec leurs alliés, Mohammed Ed Dakhil exerçait son activité et faisait en sorte d’avoir les meilleurs rapports avec toutes les composantes de la société qui l’entourait, conformément au principe de tolérance prôné par Sidi Abdelkader El Djilani. Il était respecté et respectait les représentants des Chadelya, et en particulier le célèbre Sidi Slimane ben Bousmaha ; c’est ainsi qu’aux environs de 1525, nous voyons Ed Dakhil accorder la main de sa fille Kelthouma à Ahmed, le fils de Sidi Slimane, celui qui deviendra par la suite  Sidi Ahmed El Mejdhoub.

L’établissement que dirigeait Ed Dakhil prit progressivement de l’importance et il put bientôt se faire seconder par d’autres enseignants. Dans sa manière d’enseigner et ses rapports avec les gens, et c’est pour cela d’ailleurs qu’il était très estimé, il se conformait strictement aux préceptes des Qadrya, basés sur l’humilité, la tolérance, la charité et la pauvreté : la zaouïa était tenue, comme le faisait Sidi Abdelkader El Djilani en personne, d’affecter les offrandes reçues au fonctionnement de

l’établissement, en particulier l’accueil gratuit des élèves, des nécessiteux et des voyageurs. De nombreuses offrandes étaient versées annuellement par des gens de Rba et plusieurs autres tribus des environs. Nous savons, grâce aux statistiques françaises du 19ème siècle qu’on versait, en moyenne, à cette zaouïa, un agneau, une mesure de dattes, une mesure d’orge et une mesure de beurre par tente et un chameau par fraction de tribu. Parmi les donateurs, l’on peut citer, les Derraga Ghraba, les Derraga Chraga, les Ouled Maâla, une partie des Akerma, les Ouled Ziad, la tribu Ouled Moumen des Laghouat Ksel ainsi qu’une partie des Guerrarij, les gens de Brezina, une partie des gens de Chellala Dahrania, des tribus de Hmyan, Mgan et autres…

La zaouïa Qadrya  de Rba, animée par le chérif Ed Dakhil, ou Sidi Ed Dakhil comme on commençait à le nommer, prit particulièrement de l’importance et accrût son audience après la mort du grand moqaddem des Chadelya, Sidi Slimane ben Bousmaha, en 1539 (945 H.). A cette époque, les Boubekria perdirent de leur influence car la relève n’avait pas été convenablement assurée : plutôt que de remplacer son père à la zaouïa de Beni Ounif, Mohamed ben Slimane préféra vivre dans la campagne de Chellala, et son fils, le futur Sidi Cheikh, avait à peine six ans. Quant à Ahmed ben Slimane, le fameux Sidi Ahmed El Mejdhoub, il préférait les exercices mystiques et les retraites à l’écart de la société. C’est dans les années 40 du 16ème siècle que la zaouïa de Sidi Ed Dakhil atteignit son apogée. C’est surtout de cette époque que L. Rinn parle lorsqu’il dit :      « Quant à l’affiliation d’un grand nombre d’Ouled Sidi Cheikh (Boubekria) à l’ordre des Qadrya, elle s’explique par le fait… de l’existence ancienne à El Abiadh, d’un descendant de Sidi Abdelkader El Djilani, Si Bou Tkhil qui, avant Sidi Cheikh, représentait dans toute la région au sud de Géryville, l’influence religieuse dominante ».

L. Rinn parle d’El Abiadh et il est vrai que Sidi Ed Dakhil avait un puits en cet endroit distant de 20 km de Rba, dont il avait acheté ou reçu les droits de la part des Beni Amer, selon toute vraisemblance. La possession de Hassi El Abiadh est attestée par plusieurs traditions populaires et la majorité des sources écrites. C’était un endroit très apprécié par les nomades qui y menaient paître leurs troupeaux, « un bas-fond humide, écrit A. H. Noël, où la présence de l’eau, près du sol, était accusée, par une végétation rigoureuse… un endroit occupé par un chérif… nommé Sidi Boutkhil ». l’endroit était connu et très fréquenté par le passé, c’était l’un des principaux lieux de rassemblement de troupeaux des Berbères nomades, puis des Beni Amer, à partir du 13ème siècle. A cause de l’humidité, ces derniers l’avaient nommé Ghedir El Bqar. Y. Ibn Khaldoun nous montre le roi zianide Abou Hammou Moussa II y faire une halte en 1370, lorsque les Mérinides l’avaient chassé de Tlemcen. Au 16ème siècle, Ghedir El Bqar était devenu Hassi El Abiadh et Sidi Ed Dakhil y venait souvent, soit pour donner des cours aux nomades qui se présentaient, soit pour s’éloigner de Rba et se recueillir afin de méditer  et d’effectuer des exercices mystiques.

En mariant sa fille Kelthouma au Boubekri Sidi Ahmed El Mejdhoub, Sidi Ed Dakhil aurait promis de se désister de ses droits sur Hassi El Abiadh au profit de sa fille. La vie sur les hauts-plateaux est dure et est intimement liée à la possession des points d’eau car la principale ressource est l’élevage et le développement des troupeaux est conditionné par la quantité d’eau disponible. Du vivant même de Sidi Ed Dakhil, ses fils, qui, comme la plupart des habitants, étaient des éleveurs, revendiquèrent leurs droits sur Hassi El Abiadh et s’opposèrent aux Boubekria qui considéraient cet important point d’eau comme faisant partie de la dot de Kelthouma, mariée à un des leurs. Après la mort de Sidi Slimane (1539/945 H.), commencèrent les premiers problèmes entre, d’une part, les fils de Sidi Ed Dakhil et leurs alliés Beni Amer et autres, ainsi que leurs parents par alliances matrimoniales et, d’autre part, les Boubekria, principalement Brahim et Abderrahmane, fils de Sidi Mohammed ben Slimane, et leurs alliés –- il est important de noter que Sidi Ahmed El Mejdhoub, mari de Kelthouma et, en principe, premier concerné, qui vivait en ascète dans les environs de Chellala/Asla ne prit pas part à l’affaire --.  Sidi Ed Dakhil, homme de religion, était bien loin de ces questions d’eau et de troupeaux. Cependant, en tant que seul recours, il était sollicité pour intervenir, et tant qu’il vécut, il parvint à calmer les ardeurs de ses fils et de leurs adversaires.

Mohammed ben Houcine ben Chaïb Ed Dakhil, mourut à Rba, vers 1565, laissant derrière lui une zaouïa florissante qui, outre les centaines d’élèves qu’elle avait formés, comptait de nombreux disciples de la tariqa Qadrya qui vécurent avec leur maître et lui furent fidèles jusqu’au bout. Le conflit entra alors dans une nouvelle phase : Les Ouled Sidi Ed  Dakhil aussi bien que les Boubekria, revendiquèrent ouvertement la possession de Hassi El Abiadh –- il s’agit, bien entendu de l’endroit qui deviendra une trentaine d’années plus tard, El Abiadh Sidi Cheikh --. Plusieurs escarmouches éclatèrent entre les adversaires à l’occasion de multiples rencontres autour du puits en question. Le conflit s’aggrava encore après la mort des deux chefs Boubekria qui, seuls, pouvaient sauver la situation : Sidi Mohammed ben Slimane, mort en 1569 et Sidi Ahmed El Mejdhoub, mort en 1571.

Après les accrochages et les batailles intermittentes, les Ouled Sidi Ed Dakhil et les Boubekria entrèrent en guerre ouverte. Les sources disponibles parlent d’une guerre de quatorze années. Les Boubekria, dans le sud depuis deux siècles et bien supérieurs en nombre, parvinrent à battre et à refouler les Ouled Sidi Ed Dakhil et leurs alliés vers Bnoud, une oasis située à 80 km au sud de Hassi El Abiadh. Puis, afin de les empêcher de rester dans la région et de menacer le puits, objet du litige, ils les refoulèrent de Rba, laissant la zaouïa Qadrya aux mains des disciples, et les délogèrent de Bnoud. Vers 1580 ( 987 H.), définitivement vaincus, les Ouled Sidi Ed Dakhil et leurs alliés se retirèrent avec leurs familles vers le nord-est, bien loin de la zone fréquentée par les Boubekria, où ils furent recueillis par la fraction des Beni Amer qui résidait dans la région d’Aïn-Séfra.

Quelle était la situation du ksar d’Aïn-Séfra à la fin du 16ème siècle ?… Nous savons qu’une grande partie du sud-ouest était aux mains des Beni Amer, Arabes Hilaliens, qui représentaient auparavant le pouvoir central mais qui étaient devenus de simples propriétaires depuis la chute de Tlemcen aux mains des Turcs en 1550. Etant eux-mêmes nomades, les Beni Amer avaient entrepris une vaste opération d’arabisasion de la campagne en refoulant les Berbères nomades vers les ksour. Dans tous les ksour du sud-ouest, à l’exception d’Aïn-Séfra, l’on constate l’utilisation du tamazight –- ou chelha ou zenatia --. Or, la pratique du tamazight dans un ksar est un indicateur sérieux de l’ancienneté d’une communauté et surtout de la régularité de son évolution, bien mieux que l’étude des ruines d’habitat qui, selon les spécialistes, tels S. Gsell, P. Pallary ou G. Camps, se ressemblent tellement qu’il serait vain de chercher à les dater. D’un côté, nous savons qu’à l’aube de l’histoire, les Gétules étaient nombreux à Aïn-Séfra et qu’ils furent suivis par leurs descendants, les Berbères Zénètes Ouacin. D’un autre côté, nous ne retrouvons pas trace de ce noyau berbère. On ne sait exactement ce qui s’est passé dans les siècles précédant l’arrivée des Ouled Sidi Ed Dakhil vers 1580. L’on peut cependant émettre des hypothèses pour expliquer l’interruption, ou alors, la modification survenue dans l’évolution de ce ksar : - 1 – le ksar -- ou plus exactement le bourg, puisque le mot arabe ksar n’était pas encore utilisé –- était déjà abandonné à l’arrivée des Arabes Beni Amer au 13ème siècle. - 2 – les Beni Amer se seraient emparés de ce ksar en en expulsant ses habitants berbères et auraient, plus tard, cédé leurs droits aux immigrants. – 3 – le noyau berbère trop faible s’est arabisé en se diluant dans la masse des immigrants.

- 1 -  la première hypothèse nous paraît peu probable. D’abord, parce qu’il est difficile de croire que, sans raison spéciale, on puisse abandonner un bourg si bien situé et si riche (confluent de deux oueds, étangs et eaux en abondance, végétation luxuriante…), mais surtout parce que d’après une tradition orale fortement ancrée, basée vraisemblablement sur une date de construction ou de réfection inscrite sur le mur d’une mosquée, le ksar existerait au moins depuis environ six siècles, ce qui nous ramènerait au 14 ou au 15ème siècle et signifierait qu’à l’arrivée des Beni Amer, le ksar existait et était peuplé.

- 2 – La seconde hypothèse est tout aussi improbable : l’étude de comportement des Beni Amer, à l’époque de leurs droits d’iqtaâ sur le sud-ouest, entre le 13ème et le 16ème siècles, montre qu’en règle générale, ils usèrent de tous les moyens pour s’emparer de la campagne (pâturages et points d’eau) mais qu’ils respectèrent les ksour. Plusieurs exemples indiquent qu’ils préféraient suivre leur mode de vie ancestral en vivant sous la tente et n’étaient nullement intéressés par une vie sédentaire dans l’exiguïté et la promiscuité d’un ksar. Par ailleurs, les sources parlent d’une transaction concernant des terrains et non un ksar : à leur arrivée à Aïn-Séfra, les Ouled Sidi Ed Dakhil auraient acheté aux Beni Amer, pour mille moutons, une bande de terre d’une douzaine de km le long de l’oued, entre oued El Brij ou Skhouna jusqu’à Slih ou Ressaf.

- 3 – La troisième hypothèse, qui demandera à être confirmée par des recherches plus poussées, celle d’une fusion -– plutôt d’une dilution -- du noyau berbère au sein des nombreux immigrants, nous paraît la plus plausible. Les exemples ne manquent pas pour nous montrer qu’en général les noyaux trop faibles subissent l’influence des noyaux plus forts : les Chorfa et autres Arabes immigrés à Sfissifa, à Chellala, aux deux Moghrar, à Asla ou les Ahlaf à Tiout se sont berbérisés en s’intégrant à des noyaux berbères majoritaires. Par contre, à cause de la trop grande proximité des Beni Amer dans les alentours immédiats d’Aïn-Séfra, le noyau berbère de ce ksar s’est amenuisé, probablement à la suite de migrations vers les ksour environnants. De sorte qu’à l’arrivée des Ouled Ed Dakhil –- lesquels constituaient un ensemble assez important avec leurs alliés et leurs parents par alliance si l’on considère qu’ils purent lutter plusieurs années contre les puissants Boubekria –- qui commencèrent très tôt à construire en dur ou à acheter des bâtisses, les Berbères minoritaires se sont arabisés en vivant au sein des Arabes majoritaires.

Le groupe des immigrants comprenait les familles des Ouled Sidi Ed Dakhil, leurs alliés, chorfa d’autres souches et autres Arabes, et de leurs parents par alliance. Selon une source, Sidi Ed Dakhil avait quatre fils et une fille nommée Kelthouma qui épousa Sidi Ahmed ben Slimane El Mejdhoub et dont la tombe est à Aïn-Séfra. Les quatre fils se nommaient : Ahmed, El Houcine (ou Mohammed El Houcine), Bouchnafa (ou Mohammed Bouchnafa) et Boudkhil –- une autre source parle de six fils mais il semble qu’il s’agisse de petits-fils et non de fils d’Ed Dakhil ; de toutes façons, des recherches plus poussées pourraient apporter d’autres éclaircissements sur la descendance de Sidi Ed Dakhil --. En ce qui concerne l’appellation Boudkhil du quatrième fils, dont il convient de retrouver le véritable prénom, il semble que ce ne soit qu’un surnom : Ibn Ed Dakhil puis Beddkhil qui s’est transformé en Boudkhil.

Ce détail attire l’attention sur le surnom, Sidi Boutkhil, qui désigne l’ancêtre lui-même, Mohammed ben Houcine Ben Chaïb Ed Dakhil. Nous savons par un document irréfutable que ce personnage  portait bien le surnom de Sidi Ed Dakhil : en effet, un pèlerin marocain nommé Moulaï Ahmed qui a écrit ses mémoires –- document traduit en français au 19ème siècle --, note qu’au cours de son voyage, en 1709, sa caravane s’est arrêtée au lieu-dit Hejjaj (source à 20 km d’Aïn-Séfra utilisée comme étape par les pèlerins de passage) où « les Ouled Sidi Ed Dakhil qui habitaient Aïn-Séfra » leur ont apporté des provisions (beurre, raisins, orge, farine et sept moutons. Ceci en ce qui concerne la forme littéraire de ce terme. La forme populaire, quant à elle, est apparue  très tôt : la formule Ouled Sidi Ed Dakhil a été progressivement corrompue par l’usage. Après la mort de l’ancêtre à Rba et durant les années de conflit, a commencé à apparaître la formule générale utilisée dans les références généalogiques des Arabes de Ouled Ed Dakhil ou Beni Ed Dakhil, avec suppression de la particule Sidi qui signale un personnage d’origine chérifienne ou un grand homme religieux. Une autre formule du singulier ne tarda pas également à être utilisée : comme on disait Boubekri pour désigner un descendant d’Abou Bakr Es Seddiq (ر), ou Bouchikhi pour un descendant de Sidi Cheikh, on apprit à dire Boudkhili pour un descendant de Sidi Ed Dakhil -- on trouve le terme de Fqih El Boudkhili dans un texte d’Abou Mahalli qui a écrit au début du 16ème siècle (rapporté par l’auteur marocain A. Meziane) --. C’est ainsi qu’une succession d’altérations et de combinaisons du langage populaire a permis le passage progressif de la forme originelle Ouled Sidi Ed Dakhil à la forme corrompue mais largement usitée aujourd’hui de Ouled Sidi Boutkhil (Ouled Ed Dakhil ou Beni Ed Dakhil puis le pléonasme Ouled Bedkhil ou Ouled Boudkhil, suivi du rétablissement de la particule de chérifisme qui donne Ouled Sidi Boudkhil pour aboutir à la forme actuelle de Ouled Sidi Boutkhil.

A l’époque de l’arrivée des Ouled Sidi Boutkhil à Aïn-Séfra, le sud-ouest était indépendant du pouvoir central. Les Ottomans avaient remplacé les Zianides à Tlemcen (1550) mais le sud vivait uniquement sous le régime des djemaâ. Peu à peu, le ksar se développa. Il continua à porter le nom d’Aïn-Séfra  -- il semble bien que la mention de certains documents français selon lesquels ce ksar se nommait Aïn Safia soit basée sur une information orale qui n’a pas de fondement puisque Moula Ahmed, précise en 1709 qu’il portait le nom d’Aïn-Séfra --. Pour renforcer leur sécurité, les habitants commencèrent à bâtir un mur d’enceinte bordé d’un fossé, ainsi que des bordjs de surveillance. En plus de l’élevage, ils se mirent à défricher et à cultiver les berges de l’oued et les terrains aux abords du ksar.

Au fil des années, la cité se développa. Le ksar habité par les Ouled Sidi Boutkhil acquit la réputation d’un ksar chérifien, c’est à dire de terrain inviolable. Une zaouïa Qadrya y fut créée, qui avait son sceau et qui, selon une source écrite du 19ème siècle avait « de l’influence sur tous les ksour de l’ouest ». Deux cénotaphes y furent également bâtis, l’un à la mémoire de Sidi Abdelkader El Djilani, l’autre à celle de Sidi Boutkhil. De nombreuses personnes, d’horizons différents y vinrent s’installer pour se placer sous la protection du saint-patron du ksar. Selon différentes sources, la population du ksar est formée par l’apport d’éléments d’origines diverses se réclamant néanmoins de l’éponyme Sidi-Boutkhil. En plus des fils de Sidi Ed Dakhil, on trouve leurs parents par alliance -- puisqu’ils se sont mariés avec des femmes de la région –- ainsi que les alliés qui les ont soutenus dans leur lutte contre les Boubekria, principalement des Arabes de différentes tribus nomades des Laghouat Ksel et des environs de Rba, Ghassoul et Brézina. En plus de ce groupe initial d’immigrants et, vraisemblablement, du noyau berbère minoritaire d’origine trouvé sur place, le ksar a enregistré de nombreuses arrivées, familles ou simples individus, venues de plusieurs régions, chorfa de souches différentes, Arabes nomades de la région d’El Bayadh ou du Djebel Amour ainsi que quelques Boubekria disssidents, Arabes des Beni Snouss de la région de Tlemcen, Arabes de la région de Aïn Ben Khelil, dont des Hmyan, Arabes du sud de Béchar, dont des Maâqel Doui Mniâ et des Hilaliens Ouled Djerir, éléments du Sahara et du sud du Maroc, autres éléments non identifiés. Ces différents apports, dont la liste, au stade actuel des recherches, n’a pas encore été reconstituée, ont fini par former progressivement, au gré de l’importance des familles et des rapports de force, trois ensembles dotés d’éponymes distincts, mais placés sous le patronage de Sidi Boutkhil,  que nous retrouvons au 19ème siècle, dans des zones d’habitations assez distinctes du ksar : les Ouled Daoudi, les Ouled Âta et les Ouled Youssef.

En tant que ksar de chorfa dotée d’une zaouïa, il put recevoir les proscrits et autres gens ayant des problèmes, qui pouvaient bénéficier de la protection de Sidi Boutkhil sous réserve de restituer les objets, source du litige, ou de payer le droit du sang. En outre, en tant qu’habitants une terre chérifienne d’un pays musulman, les gens d’Aïn-Séfra n’étaient pas astreints au paiement de l’impôt à une quelconque autorité –- c’est ainsi que la colonne turque qui, en 1786, a bombardé le ksar de Chellala Dahrania (70 km d’Aïn-Séfra) pour refus de payement d’impôt, n’est pas venue jusqu’au ksar de Sidi Boutkhil, ni les autres colonnes turques du 18ème et début 19ème siècles venues à Aïn Ben Khelil et à Gaâloul --. La réputation de sécurité acquise par le ksar d’Aïn-Séfra lui permit de recevoir les nomades du sud, des fractions de Amour et de Hmyan, qui venaient pour ensiler leurs grains.

Après le débarquement des Français en 1830, s’organisa la résistance sous la conduite de l’Emir Abdelkader. Nous savons que celui-ci est passé plusieurs fois dans la région entre fin 1842 et 1847. Il était également un membre de l’ordre des Qadrya. Son père, Maheddine, était même un moqaddem de cet ordre et chef d’une zaouïa dans les environs de Mascara. L’émir marqua beaucoup de respect pour le ksar d’Aïn-Séfra, habité par des descendants de Sidi Abdelkader El Djilani, et n’exigea pas l’impôt comme il le fit pour les autres ksour et tribus.

En avril 1847, sous la conduite du général Cavaignac, les Français arrivèrent dans le sud-ouest. Après être passés dans les autres ksour, ils parvinrent, le 5 mai 1847, devant Aïn-Séfra. Chamberet qui faisait partie de la colonne de Cavaignac écrit : « Peu avant d’atteindre le ksar d’Aïn-Séfra, on aperçoit à droite un millier de kabyles, bordant une crête rocheuse… qui court parallèlement au pied du djebel Aïssa. Devant la tête de colonne et dans la plaine au pied de l’extrémité ouest de cette crête, un goum de 400 à 500 cavaliers se fait voir par groupes de 100 à 150 chevaux. A gauche et dans les dunes qui sont derrière le ksar, la population d’Aïn-Séfra en armes se montre également en observation ». Le même auteur ajoute qu’il « était facile de reconnaître l’influence que possédait encore Abdelkader au commencement de 1847 » dans cette région. De son côté, le Dr Jacquot qui, lui aussi, accompagnait la colonne française, note : « En arrivant à Seufra, nous trouvâmes l’ennemi disposé à nous attendre de pied ferme… la cavalerie ennemie paradait dans la plaine ; avec une lunette, on pouvait découvrir des groupes jusqu’aux bornes de l’horizon ». La bataille s’engagea et dura toute la journée, jusqu’à  cinq heures du soir. Elle fut, bien sûr, à l’avantage de la colonne française qui comptait 2 800 hommes avec 140 000 cartouches et des canons avec une réserve de 400 obus. Après la bataille, les soldats reçurent l’autorisation du Général Cavaignac de « piller la ville et de couper les céréales ».

Les Français occupèrent le ksar et demandèrent le règlement de l’impôt tel qu’il était payé à l’Emir et aux Turcs. Les Ouled Sidi Boutkhil répondirent que leur qualité de Chorfa les dispensait de l’impôt et qu’ils n’en avaient jamais payé à ceux qui les ont précédés. Néanmoins, les envahisseurs prélevèrent des vivres pour leur colonne et repartirent, après avoir désigné un caïd.

Après 1847, les Français repassèrent plusieurs fois dans la région. En 1881, se déclencha l’insurrection du Cheikh Bouamama à laquelle une grande partie de la population, sédentaire et nomade, y contribua d’une manière ou d’une autre. La France décida alors de s’installer définitivement à Aïn-Séfra. Une colonne française, sous la direction du Général Louis entra à Aïn-Séfra en octobre 1881 et commença aussitôt à bâtir une caserne à côté du ksar. A cette époque, Deux tiers des habitants avaient déjà quitté Aïn-Séfra : selon les estimations des Français, le ksar comptait entre 200 à 260 maisons pour 800 à 1000 habitants en 1847 ; en 1881, il ne comptait que 64 maisons pour 300 habitants.

Après avoir été érigée en Subdivision Militaire en 1894, Aïn-Séfra prit une grande importance aux yeux des Français qui en firent leur base pour la conquête du Sahara et du Maroc. L’un de leurs plus prestigieux officiers, le Général Lyautey y fut nommé en 1903 et, par décret du 12 décembre 1905, la  petite ville devint le siège du Territoire Militaire d’Aïn-Séfra dont l’étendue ne cessera de croître jusqu’à couvrir une superficie égale aux cinq sixièmes de la France.

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Ksar d’Aïn-Séfra -- Novembre 2005

Khelifa BENAMARA

Aïn-Sefra en période Coloniale:Description de luc piras

Avait pour nom d’origine Aïn-Safia, signifiant « La source pure » ou Aïn-Essefra, signifiant « La Source au métal jaune » ; elle prit le nom et l’orthographe d’Aïn-Sefra par arrêté gubernatorial du 20 mars 1882.

Le plaisant village des années 1950 n’était, pourtant, à l’origine qu’un petit ksar bâti au pied d’une grande dune et entouré de jardins miséreux.

Le poste d’Aïn-Sefra fût créé en 1882, après l’insurrection de Cheikh Bouamama, pour surveiller la région face à Figuig qui était, alors, la citadelle et le refuge des dissidents.

Aïn-Séfra fût rendue célèbre par le Maréchal Lyautey qui commanda la Subdivision d’Aïn-Séfra de 1903 à 1906.

Située à 32° 45’ latitude nord et à 36° 2’ 24 » de longitude ouest de Greenwich, à 440 km d’Oran par la piste Le Kreider-Colomb Béchar(actuellement RN 6), par voie ferrée à 493 km, à vol d’oiseau à environ 300 km. Aïn-Séfra, grosse bourgade plantée aux confins des hauts-plateaux, aux portes du Sahara à la bordure Nord de l’Atlas saharien.

Le village, relativement isolé dans une vallée de sable entre l’immensité monotone des hauts plateaux et la fournaise du Sud, est bâti au confluent des oueds Bridj et Mouillah au centre des Monts des Ksours et culmine à 1070 mètres entre le Djebel Mekter (2062 m.) au sud, le Djebel Aïssa (2236 m.) au nord-est, les Djebels Morghad (2135 m) et Hairech (1686 m) au nord-ouest et le Djebel Smir (1800m) au sud-ouest.

Ces jardins, sa végétation exubérante offrent une sensation de douceur extrême et les vents qui soufflent sur ses dunes de sable d’or édifient au caprice de chaque jour de nouveaux paysages éphémères.

De loin, on a l’impression que le village a été construit sur une mer de sable et  il semblerait bien que dans des temps anciens il y ait eu mer. Pour preuve l’existence d’impacts de vagues qui venaient s’écraser sur les parois du Djebel Mekter, les nombreux fossiles marins trouvés dans la région.

Les « Pierres Ecrites », elles aussi, livrent leur étonnant lot de peintures rupestres attestant de la fertilité de la région au début de l’humanité.

Aïn-Séfra tire son intérêt de sa situation géographique : les monts des Ksours, portion occidentale de l’Atlas saharien qui forment la limite géographique entre les hauts-plateaux et le Sahara ; cette limite se trouve sous une latitude très méridionale ; d’autre part les sommets des montagnes qui atteignent une altitude relativement élevée (souvent plus de 2000 mètres) qui en fait des condensateurs. Le climat d’Aïn-Sefra est sec et caractérisé par de grandes variations de température entre les jours et les nuits. En été (juillet et août) on note + 40° C ; en janvier – 4°C et même – 6°C.

Le vent souffle souvent et plus particulièrement d’ouest, le village est alors envahi par le sable qui pénètre absolument partout, dans les moindres recoins. Le siroco est rare ; Les chutes de pluie et de neige sont assez fréquentes au printemps et en hiver. En avril 1927 la neige est tombée et s’est maintenue très longtemps sur le Djebel Aïssa ; l’hiver 1954 vit également le village enveloppé d’une magnifique couche blanche. Par contre de violents orages s’abattent sur Aïn-Sefra en juin et en automne. Ces conditions permettent l’existence et la survivance d’une flore tellienne remarquable pour la région.

Ces djebels furent le théâtre de violents accrochages avec les Moudjahidines retranchés au Maroc dont la frontière se situait à une cinquantaine de kilomètres d’Aïn-Sefra(dont la bataille de M'zi fut la bataille la plus sanglante ). L’oued Mouillah recueille les eaux des pentes sud des Djebels Hairech et Morghad et celles des pentes Nord du Djebel Aïssa. Les talwegs du Djebel Mekther alimentent l’Oued Bridj qui recueille par ailleurs les pluies de la région de Forthassa, à 70 kms à l’ouest d’Aïn-Séfra.

leur jonction – à Aïn-Sefra – les deux oueds prennent le nom d’Oued Séfra. L’oued Séfra coule par intermittence pendant l’hiver,

à la suite des pluies de décembre et de mars ; en juin et en octobre, de violents orages provoquent souvent des crues importantes et des masses d’eau considérables balayent l’oued arrachant tamarins et lauriers-roses qui le bordent.

Une de ces crues détruisit le 20 octobre 1904 la quasi-totalité du village ; lors de cette crue périt Isabelle EBERHARDT âgée de 27 ans. Cette jeune femme poète écrivain décrivit avec passion la région et se convertit à la religion musulmane en 1900.

En dehors des crues, le mince filet d’eau de l’oued Bridj alimente, à 2 kms en amont du centre, des barrages construits par les indigènes avec des pierres et du sable d’où partent des « séguias » qui servent à l’irrigation des jardins. Ces barrages varient fréquemment d’emplacement soit par destruction, soit suivant les nécessités de l’irrigation. Joncs, lauriers-roses, tamaris, figuiers bordent les flancs de l’oued.

source:site ma source Jaune

Luc Piras