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Safia Ketou

Biographie:  Rabhi Zohra alias Safia Ketou est une femmes de lettres algérienne d'expression française . Née le 15 novembre 1944 à Aïn-Séfra. Elle était institutrice a Aïn-Séfra (1962-1969) puis elle part à Alger pour regagner d'autres horizons ,à Alger elle pouvait poursuivre ses études . Elle a rencontré des écrivains et travaillait comme journaliste( APS , le quotidien Horizon. Afrique-Asie,Algérie Actualité. ....).
Safia a publie un recueil de poèmes intitulé "amie cithare"-Canada 1979 ,une autre oeuvre des nouvelles " la planète mauve"-Canada 1983 et Rose Des Sable:une série d'histoire pour enfants.
Elle mourut le 29/01/ 1989 à Alger puis  enterrée à la cimetière de Sidi Boudjemaa a Aïn-Séfra.

 

Ouvrages:

Amie cithare (Poésie) - Naaman, Sherbrooke ISBN 2-89040-001-8, 1979

La Planète mauve et autres nouvelles (Nouvelles) - Naaman, Sherbrooke ISBN 2-89040-001-8, 1983

Présentation de La Planète Mauve et autres nouvelles

de Safia Ketou

(par Khelifa Bénamara)

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Notre propos est de présenter succinctement le recueil de nouvelles de Zohra Rabhi, alias Safia Ketou, paru en 1983 aux Editions Naaman du Québec (Canada). Ce recueil de 140 pages compte 17 nouvelles et emprunte son titre à la 11ème nouvelle : La Planète Mauve. Ces nouvelles durent écrites entre 1965 et 1980, à Aïn-Séfra pour les 6 premières, à Alger, pour les 11 autres. Les thèmes traités sont aussi variés que l’amour, la politique, le patriotisme, la science-fiction et divers problèmes sociaux ; les textes contiennent également de nombreux éléments autobiographiques. Il apparaît que l’éditeur canadien a fait prévaloir le thème de la science-fiction puisque, d’une part, il s’en inspire pour donner le titre à tout l’ouvrage et que, d’autre part, il n’oublie pas de noter que « Safia Ketou est le premier écrivain algérien à avoir écrit des récits de science-fiction ». A la disposition des textes du livre qui semble obéir à des motifs éditoriaux, nous préférons l’ordre chronologique, lequel reflète beaucoup mieux l’évolution générale de l’auteur sur cette période de 15 ans. Il s’agit là, bien entendu d’un simple recensement, l’étude des textes restant à faire.

 

1 – Les Plaies du Monde (1965, 9ème position)

« Est-il dit, écrit Zohra qui n’était alors âgée que de 20 ans et qui n’avait pas encore adopté le pseudonyme de Safia, que ce monde devienne complètement insensé ?…Arrêtez les inventions néfastes ! Arrêtez l’injustice ». Sur un ton enflammé, l’auteur s’élève contre la guerre et les inégalités sociales qu’elle qualifie de problème fondamental, contre le racisme et la misère : « Moi, le pauvre quand je dis j’ai faim sais-tu toi le riche de quoi je parle… Connais-tu la signification exacte de ce… besoin épouvantable qui fouille l’être de ses doigts crochus… sais-tu ce qu’est l’obsession de l’indigent ? »

Rappelons que l’auteur de ce texte engagé, qui était enseignante à Aïn-Séfra, avait à peine 20 ans.

 

2 – La Liberté et le Martyr (1966, 17ème position)

C’est un texte symbolique et empreint de merveilleux, écrit dans la veine patriotique : Un homme nommé Chahid voit un rêve prémonitoire durant lequel une mendiante lui présente une fillette agonisante en lui annonçant qu’il a le pouvoir de la guérir à condition de mourir lui-même et qu’ensuite, une fois par an, à chaque anniversaire, il ressuscitera et rencontrera la fillette. Des années passent, la révolution est déclenchée, Chahid monte au maquis et meurt dans un combat à la veille de l’indépendance. Et alors, écrit l’auteur, « Houria naquit un matin et la liesse fit vibrer les fleurs ». Par la suite, une fois par an, Chahid, dont la tombe est située sur « le mont Rose », revient à la vie le temps de voir Houria qui lui rend visite.

 

3 – Vyka, Reporter Spatial (1967, 15ème position)

C’est le premier texte de science-fiction de Safia Ketou qui a alors 23 ans : en l’an 3000, sur terre, la paix règne car les humains se sont assagis et il n’y a plus de guerre. Fawzi est un ingénieur des transmissions interplanétaires, Dawia, sa sœur est professeur de langue vénusienne et ses parents possèdent un commerce de pièces détachées pour les mini-fusées qui avaient remplacé les anciennes voitures. Au cours d’une promenade sur une île, Fawzi entend une extraterrestre, tombée par accident sur la terre, qui lui demande de lui chercher les comprimés qu’elle a perdus et qui ont le pouvoir de la rendre visible aux yeux des Terriens. Après absorption des cachets, Fawzi découvre qu’il s’agit d’une jeune fille aux cheveux verts… Elle se nomme Vyka, vient de la planète Ovoïde et exerce la profession de reporter photographe de l’espace. L’histoire se termine par le « mariage interplanétaire » de l’ovoïde Vyka avec le terrien Fawzi qui passèrent « leur lune de miel sur… la Lune : tout simplement ».

 

4 – Les Larmes d’Aïn-Séfra (1968, 2ème position)

 

Inspirée sans doute par la sinistre réputation du camp de détention de la Dzira (Aïn-Séfra), Safia revient au thème patriotique et décrit « un endroit au parfum insolite… où il n’y avait que du sable. Pourtant un secret s’y terrait » car les occupants y « avaient construit l’enfer ». Puis l’auteur nous parle de Meriem et de son fils unique Aziz qui représente son unique raison de vivre. Le jour où il lui annonce qu’il monte au maquis, elle laisse éclater son désespoir. Au bout de quatre ans, Aziz est capturé et jeté dans « une prison souterraineles entrailles du sol étouffaient les cris des torturés ». Meriem prit l’habitude de venir à la prison pour tenter de voir son fils. Elle suppliait, sanglotait, mais en vain. Finalement, on lui présente « un homme décharné. Meriem bondit, saisit son fils avec une force prodigieuse. Elle le serra…, elle semblait éblouie… » puis « comme dans un cauchemar, elle entendit des ricanements. Elle eut un choc indicible lorsqu’elle en saisit le sens : elle étreignit un cadavre ».

Et Safia de conclure : « Après l’indépendance, le théâtre de ce drame est devenu une mosquée, une mosquée entourée de palmiers ».

5 – La Lune en Flammes (1968, 14ème position)

 

Comme son nom l’indique, c’est un texte de science-fiction : en 2222, Yassine est le commandant de la fusée Aïda 15 qui effectue la liaison entre la Terre et la Lune. Nous voyons les passagers s’embarquer puis la fusée décolle. Au cours du voyage, le commandant reçoit l’ordre de retourner à terre. Motif : un gigantesque incendie ravage la Lune.

 

6 – La Planète Mauve (1969, 11ème position)

 

C’est le texte de science-fiction qui donne son nom à l’ensemble de l’ouvrage : Ryad et Alym, pilotes de la fusée Faïza 7, sont chargés de patrouiller dans l’espace. Après s’être approvisionnés «  en carburant et en cachets reconstituants dans les magasins du cosmodrome », les deux cosmonautes prennent le départ. A un certain moment de leur voyage, « une force irrésistible » les dévie et finalement ils se posent sur une planète inconnue, la Planète Mauve. Ils sont capturés par des extraterrestres assez différents des humains : « ils étaient plats et portaient un numéro au torse » avec des « têtes à deux faces ». Ce sont des « Xyrix » qui parlent en espéranto, la langue internationale. Les Terriens remarquent que leurs ravisseurs sont extrêmement évolués : grâce à un « téléguideur », ils appellent leurs voitures qui vient à eux sans chauffeur, une voiture spéciale qui peut se déplacer sur terre et dans l’air. On leur apprend également que sur la Planète Mauve, il n’y a pas d’écoles  pour les grands : dès qu’il sait lire et écrire, chaque Xyrix est muni d’un petit appareil nommé Professeur « qu’on peut consulter n’importe où, n’importe quand » et qui donne toutes les réponses. Mais, dans le même temps, on informe Ryad et Alym qu’ils peuvent dire adieu à la Terre car les Xyrix vont les garder pour toujours sur la Planète Mauve.

 

7 – La Légende de Ryma (1970, 8ème position)

C’est l’histoire d’une jeune poétesse nommée Ryma, fille d’un fellah lui-même poète populaire tombé au champ d’honneur durant la révolution. « La poésie, nous dit l’auteur, lui fut révélée vers l’âge de 15 ans d’une façon singulière. A cette époque, Ryma aimait s’asseoir souvent dans la cour de la maison. Tous les après-midi, par beau temps, un bourdonnement emplissait ses oreilles. Il se composait de rimes et de rythmes. Cette musique l’étonnait et l’agaçait. Un jour, machinalement, elle saisit un crayon et… avec frénésie, elle se mit à aligner les mots ailés… Depuis, l’écriture devint un besoin pour Ryma ».

 

8 – Les Ambassadrices de la Paix (1970, 12ème position)

Nous avons là une nouvelle de pure politique-fiction : dans un pays fasciste, Lynda est l’épouse d’un ministre de la guerre qui « avait pour la violence un goût assez poussé ». Elle, avait une opinion diamétralement opposée : elle était contre toute forme de violence et avait « le cœur déchiré » et « la honte au front » lorsque, « parfois, après les combats, une femme sanglotante venait (la) supplier d’intervenir auprès du ministre pour qu’il cesse d’envoyer les soldats à l’abattoir ». Alors, un jour, elle décide de passer à l’action tout en conservant l’anonymat. Elle commence à contacter les femmes pacifistes à travers le monde pour qu’elles regroupent « un maximum d’adeptes de la non-violence et du désarmement. Ces groupuscules reçurent une formation et des instructions précises avant d’être autorisés à répandre la Doctrine Paisible »… en utilisant pour armes « stylo, pinceau et guitare ». Le mouvement pacifiste prend de l’ampleur et on parvient à découvrir que « Madame Paix n’est autre que l’épouse du ministre de la guerre de… » Le ministre entre dans une violente colère, divorce, tombe malade et démissionne. Le mouvement féministe prend se développe et devient la puissante « Organisation Féminine Mondiale pour la Paix » qui « peut officiellement déléguer des ambassadrices de la paix dans tous les pays ». Le temps passe et, un beau jour, on voit l’ex-ministre rendre visite à son ex-femme pour lui apprendre qu’il est entré dans l’opposition de son pays et qu’il adhère à la doctrine de la paix.

 

9 – Strapontin (1972, 10ème position)

 

Une délicieuse scène qui se déroule durant une séance de cinéma : Nassim cache la vue à une spectatrice de plus petite taille, assise sur un strapontin à l’arrière : « Nadia se tordit le cou vainement. En effet, devant elle se trouvait un grand gaillard aux cheveux broussailleux qui lui bouchait l’écran ». Elle lui demande poliment de s’écarter mais malgré tous leurs efforts, les deux jeunes gens n’arrivent pas à s’entendre et ne font que gêner les autres spectateurs. Excédé, le jeune homme lui cède sa place en ronchonnant : « -- Vous êtes contente ? Maintenant, c’est nous le spectacle ». Finalement, ce différend servit à rapprocher les deux jeunes cinéphiles qui se revirent, s’aimèrent et se marièrent.

 

10 – Houria (1974, 5ème position)

 

Safia revient encore puiser dans la veine patriotique. Ce texte donne une description enthousiaste du jour de l’indépendance. C’est un chant épique à la liberté qui peut étonner les jeunes d’aujourd’hui mais qui relate fidèlement et avec un grand élan du cœur, l’émoi ressenti par les adolescents le 5 Juillet 1962 : les maisons désertes, les courses dans les rues à en perdre haleine, les cris de joie, les hurlements de slogans… « Un chant explosif, écrit Zohra, qui pulvérisait l’angoisse. Un chant de paix baigné de pleurs. Un chant pieux qui montait aux étoiles… Ce jour diaphane marquait la re-naissance d’un peuple ».

 

11 – Les Militants de l’Ombre (1974, 16ème position)

Un texte fort, au langage imagé, mais empreint d’une grande tristesse, qui parle d’une jeune femme désemparée vivant avec difficultés dans une grande ville. Salima est malheureuse car sa sœur vient de perdre son fiancé : « Une semaine avant le mariage, Rachid fut victime d’un accident. Tué sur le coup. Fait étrange, au même instant dans sa classe – où elle enseignait -, Kamila poussait un cri et s’évanouissait ». Après l’accident, la sœur de Salima tombe malade et sa santé décline progressivement.

En arrière-plan, Safia nous montre les sentiments qu’éprouve l’héroïne, en proie à l’insomnie, pour les éboueurs municipaux qu’elle nomme « les militants de l’ombre ». Salima éprouve « de l’admiration » et de « la compassion » pour « les fantômes striés de crasse ramassant les détritus… évoluant dans les déchets et la pestilence… L’armée de l’hygiène est invisible ; pour décoration, elle n’a que la misère ». L’auteur continue sur sa lancée et décrit le réveil d’une grande ville et les difficultés de transport qu’éprouvent les employés  - longues attentes, bus bondés, etc…- :  «  Poussée, pressée, écrasée, Salima monta… énorme boîte de sardines à contenu humain, le bus s’ébranla lourdement tandis que ses entrailles grouillaient de corps… dans une ambiance d’enfer, les salariés entamaient leur journée ».

 

12 – Interview du Passé (1975, 3ème position)

Il s’agit de l’interview d’une ancienne djoundia : l’entretien, nous dit Safia, avait démarré dans la sérénité mais à un moment donné, l’émotion envahit la journaliste dont le bloc-notes reçoit à la fois des mots d’encre et des larmes. L’auteur nous montre par quel enchaînement Saadia fut amenée à rejoindre le maquis et à perdre à la fois, son fils, sa santé et son mari : en sa qualité de femme de ménage d’un médecin de Tlemcen, elle fut contactée par l’ALN pour fournir des médicaments. Dénoncée, elle est obligée de rejoindre le maquis mais les militaires se vengent en tuant son fils. Au maquis, elle exerce en tant qu’infirmière puis, lors d’une opération, elle est blessée au bassin, « ce qui devait la priver à tout jamais de la joie d’être mère ». Enfin, à l’indépendance, elle retrouve son mari mariée à une autre femme.

« Au terme de l’interview, la journaliste éclata en sanglots », mais Saadia s’empresse d’ajouter qu’à l’heure actuelle, elle travaille dans un hôpital. Cependant, « précisa-t-elle avec fierté, je suis infirmière d’état et non femme de ménage chez l’ennemi ».

 

3 – C’est l’Ere Lunaire, pourtant (1975, 4ème position)

Cette nouvelle est un long cri qui s’élève contre la détresse humaine : « C’est l’ère lunaire… le siècle du progrès. Et pourtant… pourtant, il y a des gens qui ont faim. Des squelettes vivants s’entassent dans des taudis… les faces émaciées sont aussi dures que le bois… C’est le siècle de l’instruction… pourtant bien des êtres sont analphabètes… c’est l’ère de la science… Pourtant, bien des êtres sont atteints de maladies pénibles… Ils n’ont même pas de remèdes pour alléger leurs maux. Ils n’ont que leur silence, plus atroce qu’un cri ». Cependant, ajoute l’auteur optimiste, ces fléaux ne sont pas inéluctables. « Tôt ou tard, les peuples lésé se réveillent » et y apportent des remèdes. « C’est un combat contre le mal. Pour éliminer l’ignorance, la maladie, la faim. Pour préparer l’avenir. Pour construire un monde meilleur ».

 

 

 

14 – Symphothérapie (1975, 13ème position)

Deux amoureux tissent leur idylle. Kamel, un journaliste veut, au plus vite, demander la main de Samra à ses parents mais celle-ci lui demande de temporiser. Une semaine plus tard, il informe la jeune fille de son départ pour une mission en Orient. « Il lui envoya quelques cartes postales. En principe, elle devait être rassurée, mais la peur habitait son ventre. Une peur irraisonnée, insinuante. Depuis son départ, elle la tenaillait. Etrange télépathie de l’amour ». Hélas, ses craintes se confirment : « Le choc fut terrible. L’avion du retour explosa en plein ciel… Le soleil s’assombrit… C’était un printemps sans fleurs. Un printemps blême… les oiseaux avaient des yeux sanguinolents… Elle qui se croyait sans rivale, elle venait d’apprendre que la mort est la plus puissante des rivales ».

Samra sombre alors dans son chagrin : « Brouillard. Au gré de quoi flottait-elle, épave oubliée sur un océan grisâtre ». Et puis, peu à peu, « le cycle des saisons reprit son vrai sens… et elle se mit à écouter la musique ». Ce fut un baume pour son cœur tourmenté et une « bienfaisante sérénité l’enveloppa… la musique l’avait sauvée du désespoir ».

« L’art est le plus beau langage, nous dit Zohra, il console, il apaise. Il pourrait guérir les maladies… ce serait une thérapie agréable. Par la sonate, sonathérapie, par la symphonie, symphothérapie », d’où le titre qu’elle donne à cette nouvelle.

 

15 – Cri d’encre (1976, 7ème position)

De toute évidence, cette nouvelle contient de nombreux éléments autobiographiques : l’héroïne, Zina, est née dans le sud-ouest. C’est une jeune fille « à l’esprit indépendant », douée d’une grande volonté de réussir. A l’indépendance, elle devient, à l’âge de 17 ans, la première enseignante de la ville et la première à sortir sans voile. « A plusieurs reprises, elle tint un journal secret qu’elle brûlait à peine achevé… écrire était un besoin pour Zina… c’était pour s’extérioriser, voire se dépasser… elle cherchait à exprimer sa mélancolie, son désarroi… il lui arrivait d’écrire comme on hurle, louve blessée… elle écrivait… avec une violence inouïe, par des termes torpilles, des mots-flèches ».

Mais, bientôt, « la vie devint maussade et triste… les montagnes, les dunes, les gens lui pesaient… elle décida de changer d’air ». C’est très difficile mais Zina parvient finalement à son but : abandonnant son travail et sa ville, elle part pour la capitale.

L’auteur nous montre ensuite comment Zina tire le diable par la queue à Alger : petits boulots peu rentables, sandwichs midi et soir, problèmes de promiscuité et de transport, problèmes de communication avec les gens… « Tous les soirs…elle se retrouvait seule, fatiguée, déphasée, glacée moralement et physiquement… alors, quand le quotidien devenait insupportable, elle se réfugiait dans un univers qu’elle inventait. Elle créait des personnages, des décors, des situations. Avec ravissement, elle les animait par la magie de son imagination pétulante ».

 

16 – Via Venise (1977, 6ème position)

L’héroïne, Nabila, en visite à Venise, rencontre Nabil, un artiste-peintre avec lequel elle se lie rapidement. La jeune fille qui a eu une enfance malheureuse consent à raconter les misères de sa vie passée et les deux amoureux finissent par se comprendre. En marge de cette histoire d’amour, l’auteur nous livre ses considérations sur l’art et, d’une manière générale, sur la culture qui demeure un élément essentiel pour la libération et l’épanouissement de l’homme.

 

17 – la femme abstraite (1980, 1ère position)

C’est par cette nouvelle, la dernière dans l’ordre chronologique et qui tourne autour de la notion de lumière, que débute l’ouvrage. Nora, l’héroïne, veut se libérer d’une existence étriquée pour accéder à quelque chose de meilleur, de plus élevé. Elle observe « les cimes de la Montagne Radieuse », en quête de l’Absolu car elle n’est pas heureuse dans « la Vallée Factice » où vivent les hommes « superficiels, sans principes ni scrupules ».

Jamais, nous dit l’auteur, « elle ne se lassait de l’aurore… elle absorbait de la lumière par tous ses pores »… Dans une réalité abhorrée, Nora vivait avec les hommes uniquement préoccupés de leurs sordides petits intérêts matériels mais, « toujours, retrouvait les sentiers de la Montagne Radieuse » sur lesquels elle s’échappait en pensée. A la fin de cette triste nouvelle, elle finit par perdre son bien-aimé et se retirer dans sa « belle solitude ».

 

Ainsi se termine La Planète Mauve de Safia Ketou. Ce bref survol ne donne qu’une simple idée de ces nouvelles variées dont l’étude et la traduction seraient à entreprendre. Safia était, ses écrits le prouvent amplement, un auteur sensible, doué d’un grand sens de l’observation. Elle a su restituer avec fidélité les tranches de vie quotidiennes,, avec les joies et les peines, les préoccupations et les aspirations de ses contemporains. C’était une poétesse inspirée, une femme cultivée, aux idées généreuses, bien en avance sur son temps. Mais, ne l’oublions pas, Zohra était aussi une femme audacieuse qui n’a pas craint de secouer le carcan social.

AÏN-SEFRA – JANVIER 2006

Khelifa BENAMARA

 

 

Dans les journaux

Ain Séfra :Hommage à Safia Ketou

17 années après la tragique disparition de Safia Ketou, les associations culturelles de sa ville natale, avec le soutien de la direction de la culture, ont organisé (afin que nul ne l’oublie) un colloque pour lui rendre hommage, une sympathique rencontre de deux jours qui avait pour thème « la singularité d’une femme créatrice ».

Cette manifestation a reçu une très large audience et s’est déroulée dans une remarquable convivialité. En ces journées de souvenir, les intervenants tels que le Dr Makhlouf Ameur, écrivain et poète venu de Saida, l’écrivain Khelifa Benamara et Chami Med Elhabib ont su, par leur talent et pour quelques instants, nous faire ressusciter Safia Ketou. Il l’ont fait par une lecture de ses poèmes au style pur et ciselé, par ses nouvelles au rythme pénétrant ainsi que par des détails tirés du réel qui, assez souvent, ont constitué la substance de ses récits, à l’exemple du recueil « Amie Cithare », réunissant quelques 67 poèmes, « la planète mauve et autres nouvelles », dédié, nous dit-on, à Pablo Neruda.

Avant d’être rappelée à Dieu, de son vrai nom Rabhi Zohra, qui s’était tragiquement donnée la mort au pont de Telemly, un 29 janvier 1989 à l’âge de 45 ans, lasse et incapable de supporter davantage son mal, avait régulièrement publié des poèmes dans la presse nationale tout en collaborant soit avec l’APS, Horizon où avec Algérie Actualité. Par cela et par l’éclat des mots, elle semblait toujours chercher une source dans le désert et ce tout en ayant largement écrit et décrit, à travers ses nouvelles aux couleurs chaudes, son autobiographie, notamment dans « la femme abstraite », « la légende de Ryma » et « cri d’encre ». D’une imagination féconde, la porte de sa délivrance et de sa liberté restait sans doute l’écriture. « Que c’est triste d’être femme », dira-t-elle dans l’une de ses phrases brûlantes. Les oeuvres complètes de Safia Ketou, nous a-t-on appris, seront éditées le mois de mars prochain. Néanmoins, aujourd’hui comme hier, le souvenir de Safia Ketou réside encore dans bien des mémoires.

D. Smaili


 

 

10 mars 2005

............... un poète ne meurt jamais, il fait ce que font les étoiles, il s’éteint pour laisser rejaillir la lumière du cœur de la nuit et caresser ce grand silence qui nous entoure et qu’on nomme sur le bout des lèvres : la mort. Il rejoint cet espace sacré des passeurs de rêves ou seuls les poètes, demi-dieux, ont droit de cité, Homère, Virgile, Ronsard, Abou Al Aâla Al Maârri, Al Moutanabbi, Kateb Yacine, Safia Ketou, Benhaddouga, Djaout, Sadek... Ce jour-là, il pleuvait, mais quelque part son regard était triste. Trop triste. Un sentiment profond de gâchis.

 

 



Ma pensée pour Safia Kettou ...

Tizi-ouzou, 28 novembre 2006 (bms)- Le 45ème anniversaire de l'APS (Algérie Presse Service) qui est célébré ces jours-ci m'a replongé dans mes mémoires de débutant dans cette agence en 1986 pour retrouver particulièrement l'image de Safia Kettou, cette femme simple que je rencontrais au service reportage avec sa chevelure blonde et son sourire naturel.
Bien que je venais de commencer ma carrière dans le journalisme, j'ai vite sympathisé avec elle mais j'ignorais alors tout de sa vraie valeur. La raison est qu'elle était de ces journalistes simples qui n'avait pas la grosse tête alors qu'elle méritait tous les égards pour sa grande culture contrairement à de vrais incultes qui ...
Mon passage rapide à Alger (affecté à Tissemsilt pour raison social - logement) m'a empêché de mieux la connaître. 
Mais lorsque plus tard j'ai appris ce qu'elle représentait et la dramatique situation qu'elle a vécue, je n'ai cessé de maudire les spécialistes de la méchanceté gratuite qui l'ont menés au suicide et qui paieront cher devant Dieu leurs méfaits je l'espère.
En effectuant une recherche sur Internet j'ai découvert tout l'estime que les gens lui gardent.
Je vous présente ici un texte exhaustif la concernant dont l'auteur est M.CHAMI Mohammed Elhabib qui l'a présenté à un colloque qui lui a été consacré en 2006 à Ain Safra, sa région natale.

Safia Ketou, une femme singulière

 

Ain Séfra organise les journées Safia Ketou sous le titre « La singularité d’une femme créatrice » les 26 et 27 Janvier 2006 pour le 17em anniversaire de sa disparition. Nous remercions tous les responsables et hommes de culture qui ont œuvré pour la tenue de ses journées historiques.
La commémoration des événements et des hommes est un élément majeur dans la vie culturelle d’une société.
Un hommage a déjà été rendu à Safia Ketou lors du premier rassemblement des poètes de l’Algérie contemporaine le 31/12/1992 et récemment dans les journées de la poésie féminine de Biskra en janvier 2006. 
Safia Ketou, alias Rabhi Zohra, est née à Ain Sefra rue moulay dans le quartier européen au cœur de la ville au milieu de toutes les races. Elle a grandit dans la rue des jardins en déménageant trois fois dans la même rue. Ella a fait ses études primaires au groupe scolaire Segula.
Elle fait le lycée Saint-Charles à Alger. Elle enseigne à Ain Sefra de 62 à 69. Elle commençait sa vie culturelle par des dessins et la lecture de tout ce qui lui tombait entre les mains, même les journaux utilisés comme emballages. 
L’un de ses élèves raconte qu’elle vérifiait toujours la propreté des écoliers avant de commencer son cours. 
Elle écrit ses premiers poèmes et les montre au père Cominardi dont elle avait découvert la grande personnalité et qui l’encouragea. 
Elle repart à Alger où elle travailla au ministère de l’éducation, puis au ministère de l’information et critique d’art avant de s’installer définitivement à l’Algérie Presse Service où elle fait de grands reportages et des missions a travers le monde ( Grèce, Bulgarie, URSS, France, Tunisie etc. …) 
Elle prend comme la majorité des femmes écrivains un pseudonyme « Safia Ketou », du nom de la source pure de Ain Sefra et du prénom Ketou de sa mère pour ne pas gêner sa famille ou lui causer des problèmes quand elle a constaté que son texte n’était pas dans le choix des autorités et de l’idéologie du silence qui dominait.
Elle écrit des poèmes et des nouvelles dans tous les journaux algériens et étrangers comme « Jeune Afrique » et « Afrique Asie». 
«Quand sera brisé l’infini servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle, elle sera poète elle aussi » a dit Arthur Rimbaud. 
C’est la journée du 5 juillet 1962 qui donna naissance à la poétesse, elle prend sa liberté malgré sa famille et la société et montre le chemin à l’homme et à la femme.
Si elle avait écrit avant 62 on l’aurait accusée d’espionnage, le bureau, l’usine et l’écriture étant réservée aux mâles et les femmes accusées de produire la fitna. Son inspiration a toujours été liée au chahid et à l’indépendance. Elle considérait cette journée de joie comme sa seule raison d’être et elle l’a voulait éternelle.
Safia Ketou est considérée parmi les plus grands poètes comme Djaout, Kateb Yacine Elmoutannabi etc. Elle donne le titre « Amie Cithare » à ses poèmes faisant allusion au dieu de la musique Apollon qui jouait de la cithare et qui défendait les bergers sans faire de mal aux loups.
Elle fait partie de ces femmes algériennes qui ont gravé leurs noms dans l’histoire de l’écriture et de la poésie, Malika Mokkadem, Ahlem Mousteghanemi et myriam Ben etc. 
Son œuvre est ouvertement contre toutes les formes de Hogra nationales et internationales. Ain Sefra a beaucoup de chance d’avoir eu Safia Ketou, la culture peut être sauvée surtout maintenant que des jeunes cherchent à comprendre et à suivre les traces de ceux qui ont écrit par amour.
Elle a vécu dans Alger quand la capitale algérienne était la Mecque des révolutionnaires dans les années 60 70, elle y a connu tous les hommes et les femmes de culture et tous les représentants des mouvements de libération. Elle est une pionnière dans l’écriture des femmes après 1962. Pour cette femme immensément libre si pour l’esclave noir américain, l’enfer c’est d’être vendu au Sud, pour elle l’enfer c’est d’être vendue en mariage. Jusqu’à la dernière minute elle ne s’est pas pliée à la loi du mariage telle qu’elle est appliquée par notre société.
Son père, un cheminot qui n’avait pas froid aux yeux, était un critique de toute mal gouvernance dans ce qui se faisait autour de lui. Il refusa un jour de peindre sa façade de la couleur exigée par le Parti et eut des problèmes avec les autorités politiques et les nouveaux Beni oui oui.
«Je n’aime pas cette couleur » leur a-t-il dit, voilà le père de Safia Ketou. En 87, elle se fait excuser de ne pas pouvoir venir assister aux journées d’études sur Isabelle Eberhardt qui devraient se tenir le 21 et 22 octobre, mais elle envoie un poème sur « la bonne nomade » qu’elle devait rejoindre deux années plus tard au cimetière de Sidi Boudjemaa. 
Elle écrit plusieurs nouvelles sur l’hebdomadaire « Algérie Actualités ». Plusieurs écrivains et journalistes algériens se sont recueillis sur sa tombe. 
Sa mère a fait un poème en chiir el melhoun après sa mort où elle lui reprochait d’être partie sans laisser de traces et lui pardonnait du plus profond d’elle-même. 
Ce n’était pas une féministe, elle lutait pour l’émancipation de tous et de tous les peuples sous domination. Safia ne voulait pas entendre parler de libération de la femme tant que l’homme lui même ne connaît rien de la liberté, elle voulait que l’homme et la femme luttent ensembles, toute autre forme de lutte connaîtrait le résultat contraire. Elle a quittait Ain Sefra parce qu’elle ne pouvait plus supporter sa propre intrusion de poétesse et écrivaine dans la ville qui perdait ses livres et sa poésie.
La destruction du groupe scolaire Segula suivie de celle du Ksar d’Ain sefra a du être terrible pour cette poétesse hors normes. Elle ne trouvait pas d’écoute à ce qu ‘elle disait et elle choisit Alger la Mecque des révolutionnaires pour faire éclater sa liberté de dire.
«Quand la femme vraiment femme avance dans la vie, toutes les grâces qu’elle possède passent du corps à l’esprit » disait Georges Sand. Cette mappemonde vivante s’est étalée là où tous les mouvements de libération trouvaient refuge. Travaillant comme journaliste à Algérie Presse Service, elle ne ratait aucune commémoration, aucune réunion, aucun vernissage d’exposition d’art ou de peinture, aucun geste des peuples qui lutaient.
Cette femme unique en son genre a résisté aux plus grandes pressions de son entourage, de sa famille, de ses supérieures hiérarchiques et de ses amis. « Une femme qui écrit vaut son pesant de poudre « disait Kateb Yacine. Elle écrivait pour exprimer ce qui lui était interdit, ce qu’elle ne pouvait dire dans la presse. Cette femme étouffait sous la censure et lutait conte l’autocensure et sa seule délivrance c’était l’écriture.
Les journées commémoratives que l’on inaugure sur Safia Ketou ne sont que le premier pas pour, un jour peut-être, découvrir cette écrivain quand on aura toutes ses lettres intimes et tous ses blocks notes et manuscrits. « Que le cœur d’une femme est mal connue de nous » disait Molière. Cette commémoration est faite contre l’oubli qui frappe les vrais représentants de notre culture et de notre Histoire, ceux qui méritent que nos écoles et nos rues portent le nom. 
Safia Ketou, Zaid Boupheldja, Daoui Larbi, Chami Ahmed, Khaled Benmiloud et Cheikh Benyacoub, youssef ilyou, Isabelle Eberhardt, François Cominardi et tous ceux qui ont marqué notre Histoire et notre devenir. Tous ceux-là sont, comme disent les fils d’Ain Sefra, des coffres qu’on n’a pas pu ou su ouvrir. 
Les séfraouis et tous ceux qui ont connu et côtoyé la poétesse ont le devoir de l’étudier et de le connaître parce que c’est à eux qu’elle pensait quand elle écrivait. Cette femme, qui a horreur du piston, même celui fait pour les nécessiteux, aurait été une vraie ministre si elle avait flirté avec le pouvoir et tiré la couverture à elle. Ce n’est pas tous les mois, même pas tous les ans, que nous enfantons un écrivain ou un poète. 
Les monts des Ksours ne peuvent plus donner une autre Safia Ketou, un autre vrai poète qui vit avec son âme et son esprit plus qu’avec son corps ? Elle ne pouvait pas se marier, voyant toutes ses anciennes amies devenir esclaves. Elle ne pouvait se complaire d’une morale réduite à l’obéissance aveugle et a choisi le chemin de la liberté jusqu’à la fin. Cette femme exceptionnelle mérite qu’on fasse des sacrifices pour là connaître et apprécier sa valeur humaine et littéraire. Son œuvre doit être étudiée à l’école de la poésie et de la langue française. Toutes les difficultés qu’a connues cette femme écrivain seront, un jour, dans les programmes des universités comme l’œuvre du poète errant Mohand o Mhand est étudiée à l’université de Rome.
Dans sa poésie, elle choisit le style libre évitant même la contrainte de la rime, et comme dans une lettre ouverte au monde entier, elle se demandait à quand l’aurore du Chili, de la Palestine, du Vietnam et du Sahara, elle disait assez à la torture qu’elle subissait tant que ces peuples souffrent. Elle dit aux poètes de divulguer le silence des souffrances muettes, elle bénit tous les généreux, El Ajouads qu’a immortalisés le grand dramaturge Abdelkader Alloula, ceux qui produisent et qui travaillent. 
Elle essaye et demande d’essayer de rendre à nos mères ce qu’on leur doit et découvre que c’est toujours la mère qui rayonne. C’est un cri de femmes disant de ne pas tirer sur les enfants qu’elles mettent au monde. Elle veut que les foules s’agitent pour briser les systèmes, elle dénonce les projets brises sur les mensonges. Elle veut que les diplômés n’oublient pas ceux et celles qui n’en ont pas. Elle veut meubler les villages non pas de services à café mais de livres, de ces myriades de mots pour écrire l’avenir et casser les chaînes de l’esclavage, « un peuple qui lit ne saurait être esclave ». 
Elle fait savoir que l’union est la seule arme des arabes et des africains. Que les enfants naissent au milieu des chansons. Elle envoie un télex à Kais lui disant de rester medjnoun pour arrêter le chagrin. Elle bouche ses oreilles pour ne pas entendre le silence des mendiants qui souffrent. Elle met fin au sourire tant qu’il y a la faim dans le monde. 
Elle ajoute un poème quotidien au petit-déjeuner comme sunna pour calmer la faim et la soif. A quoi bon vivre quand il n’y a que le néant et la violence, elle ne comprend pas pourquoi on prend la vie qu’on ne peut rendre et qu’on tue des innocents sans les écouter. 
Elle exalte la mère, le poète, le peintre qui nous donne l’espoir, elle glorifie le martyre, le chahid dont la tombe respire au rythme de la foi et dont il faut honorer le mystère de la mère. Donner la lumière aux aveugles. Ni la femme sahraoui ni la femme émigrée ne sont oubliées dans son œuvre. Elle demande à l’émigrée pourquoi aller à Lille ya li ya lil. Croire au mensonge c’est mourir avant d’avoir vécu. Nos zgharits nos youyous sont nos armes et notre joie. Nous devons tout faire avec amour, notre travail, notre politique et notre vie. 
La liberté coûte cher et le plus beau regard est celui de l’intérieur pas des apparences. L’Algérie est belle, son désert est une immensité, une liberté, une pureté, une éternité, un mysticisme (comme l’a vue Seid Mahmoud). La chevelure blonde des dunes d’Ain Sefra, Tlemcen, Alger, Oran, La Kabylie, le Constantinois forment une sublime poésie. 
Cette femme qui a vu et senti les plaies, les larmes, les défaites, les drames, découvre la clémence de la mort dans ce paysage où la poésie est brisée par la ville, où personne ne soulage personne, où il n’y a ni mot ni sourire. 
Cette femme qui a une grande difficulté pour dire « bkaou ala kheir » a forcé le destin pour partir à jamais. Elle n’a pas vu seulement la décennie rouge dans son poème « la violence », mais elle a vu également le 11 septembre et tous les problèmes écologiques dans le poème « si la bombe explose ». 
Elle imaginait dans les treize nouvelles que comporte son livre « La Planète Mauve », une existence sur d’autres planètes plus généreuses que la terre, elle a, par là, initié l’imaginaire scientifique dans le roman et la nouvelle algérienne. Dans ses nouvelles, elle parle d’elle-même et les titres sont parlants : « la femme abstraite » c’est l’impossible amour dans la polygamie, « les larmes de Ain Sefra » ce sont les larmes et le sang qui doivent irriguer l’Algérie libre, « l’interview du passé » c’est la participation de la femme dans la Révolution, « Houria » c’est le 5 juillet 62, la journée ou tout a brillé, la meilleure journée qu’a connue l’Algérie, « via Venise » c’est les algériens soudés à l’étranger, « cri d’encre » c’est elle-même, la première femme qui travaille, voilée grâce à son éducation, combien de journaux secrets Safia Ketou a-t-elle brûlés ?, « Que c’est triste d’être femme », pour plaire à sa famille elle refoule tous ses goûts de la vie, elle s’est posé toutes les questions que nous nous posons sur elle aujourd’hui. 
Elle nous montre dans sa vie et dans son texte que toute émancipation de l’homme ou de la femme, et surtout celle de la femme, ne vient pas de l’aide des autres, même des plus proches, on doit tout faire tout seul. « la légende de ryma » c’est l’amour qui est toujours caché et toujours plus fort, elle est alter-mondialiste avant l’heure dans « les plaies du monde », elle raconte un jour d’Alger des années 70 dans « strapontin », « la planète mauve », c’est la foi en l’amitié et le choix entre l’utopie ou la mort, dans « les ambassadrices de la paix » elle dit que la bonté de la femme peut faire basculer les ministère de la défense et de la guerre en ministères de la paix, l’homme ne faisant rien pour construire un monde meilleur, dans «symphothérapie », elle nous dit qu’il n’y a que l’art qui peut nous consoler de la perte des artistes et des journalistes. 
Prémonition. Dans « la lune en flamme » elle imagine un voyage dans la lune avec la musique de Alla, « vyka, reporter de l’espace » est une journaliste incomprise, invisible et accusée d’espionnage, on retrouve Isabelle Eberhardt qu’on ne peut adopter comme sœur que si elle est comprise, dans « les militants de l’ombre » elle exige le plus grand respect pour les éboueurs et les femmes de ménage, sinon c’est la colère du peuple.
Pressentiment d’Octobre 88. Une telle femme, dont le diapason des valeurs était trop élevé, ne pouvait plus supporter une minute de vie dans l’Algérie de 89, abandonnée et mal comprise par tous parce qu’elle ne ressemblait à personne, elle voyait et sentait ce que personne d’autre n’imaginait, elle s’abandonna elle-même comme l’oiseau de race quand il est pris, « ses ailes de géant l’empêchant de marcher », et, immortalisant « la révoltée » d’Isabelle Eberhardt, sa disparition tragique fut un signal fort destiné à nous réveiller « Attention, le terrain est miné ».
Sa nouvelle « Asma » qui parle de la femme algérienne après l’indépendance, conçue pour la TV, ne passe à la radio que des années plus tard. Elle préparait un roman que nous espérons sera édité un jour par un Barrucand qui ne le falsifiera pas. Safia Ketou est une vraie victime de l’Etat autoritariste et de la société retardataire.

Ain Sefra le 20/01/2006. 
CHAMI Mohammed Elhabib